Le silence des larmes

Il y a quelques années, j’avais commencé à pleurer en silence. C’était la seule manière de ne pas réveiller ma grand-mère avec laquelle je partageais le lit. Je savais qu’elle souffrait bien plus que moi, et que ma propre souffrance risquait de la rendre davantage malheureuse. Je me souviens d’une nuit, où j’étouffais ma peine tant que bien mal, lorsque ma grand-mère, même dans l’obscurité de la pièce, entendait les soubresauts de mon cœur déchiré. 

-Tu pleures ?, Sa voix était compatissante, impuissante. 

– Non, maman, je ne pleure pas.

Je me retenais tant bien que mal, il ne fallait surtout pas la faire souffrir. Il fallait tenir bon pour elle, se lever chaque jour pour elle, réussir pour elle. Je me levais, et allais dans la salle de bain me rafraîchir le visage avec de l’eau froide, après quoi, je me pinçais les joues en les remontant doucement; le teint se trouvait moins terne, les yeux moins rougis. 

En entrant dans la chambre, elle allumait la petite lampe de chevet pour inspecter mon visage.

-Pourquoi tu as pleuré?

Son inquiétude me faisait plaisir. Son amour me consolait. Je souriais, rassurante, totalement guérie:

-Je n’ai pas pleuré.