Ce qu’il te restera

Chaque fois que j’écris un texte, un poème, j’ai l’impression de m’arracher la peau. C’est douloux, intense, et c’est souvent accompagné de larmes féroces.

Quand j’écris quelque chose qui me tient à coeur, je ne me focalise plus sur la littérature, sur la manière dont ce sera perçu, lu, compris. Je m’exprime, je me décharge d’une grande peine aussi précieuse que la vie elle-même.

« Ce qu’il te restera », est un poème non littéraire, une chansonette triste, attendrissante, quelque chose qui nous ramère à une époque où nous avions prévu beaucoup de choses, où l’on pensait que tout serait facile avec beaucoup de travail, et une bonne dose d’honnêteté.

« Ce qu’il te restera », c’est ma peau de chagrin, arrachée de quelques souvenirs.

Ce qu’il te restera

On ne choisit ni son père, ni sa mère.
On ne choisit pas l’endroit où l’on va vivre, grandir, vieillir…
Petit, on s’imagine : « Je serai ça, je serai là. »
Mais la vie te détourne toujours vers un autre chemin.

Mais si tu es aimé de ton père et de ta mère,
Si tous les deux te prennent par la main et te soutiennent,
S’ils te rassurent : « Qu’importe qui tu seras, qu’importe où tu iras,
Ton père et ta mère t’aimeront, t’encourageront, te donneront une voix,

Et même si la vie a prévu d’autres choses pour toi,
Ton père et ta mère, eux, ont prévu un abri au chaud.
On t’y respectera, on t’écoutera, tu auras ta place.
Et parmi tes frères et sœurs, il n’y aura pas de favori,
il n’y aura pas d’ennemi. Oui, au pire, ce qu’il te restera, ce sera…

….
Ce sera
….
….
Une famille.

Texte : Dalila Hannouche

Pourquoi quitter un pays de soleil ?

Pourquoi quitter un pays de soleil ? Le pays d’un million de combattants qui se sont sacrifiés pour notre liberté. Pourquoi partir d’un pays si beau, si vaste, aux paysages sublimes, aux montagnes enneigées, aux collines verdoyantes, à l’histoire millénaire ?

Que la cuisine algérienne me manque… La Karantika d’Oran, le front de mer, ce ciel immense.

J’avais mes raisons. Si je suis partie, si j’ai mis toutes mes économies dans un projet incertain, ce n’était pas par hasard. Je voulais partir, fuir. Mais où ? Peu importe. Juste loin. Très loin de mon pays de soleil.

A la recherche d’une nouvelle maison… Oui, parce qu’au fond, je n’en avais plus. Parce qu’au-delà d’une société où je ne me sentais plus à l’aise, plus libre, c’était ma maison elle-même qui m’échappait.

On pourrait me voir comme une bouteille à la mer, ballottée par les vagues, portant un message d’espoir… ou de désespoir. Elle s’échoue ici et là. Parfois, une main la ramasse, s’apprête à lire son message… puis la rejette aux monstres marins.

La bouteille est toujours à la quête d’une terre d’asile. Mais où qu’elle aille, elle n’a pas de maison. Elle parcourt des kilomètres sous le soleil ardent, se faufile entre les courants; rien n’y fait, aucune rive ne l’attends. Elle est rejettée, mal-aimée, jugée, incomprise.

Pauvre bouteille… Serait-ce une malédiction?

Texte : Dalila Hannouche

Indéfinie

On m’avait dit plusieurs fois que je vivais dans mon monde.

Un monde restreint aux merveilles des couleurs, aux histoires des contes de fées, à la musique délicatement jouée.

On m’avait mis dans une case, sans connaître toute ma complexité.

On me disait bizarre « dans le bon sens ». Sage jeune fille, toujours soignée, avec élégance.

Et pourtant, au fond de moi, une dualité coexiste.

Entre la folie exacerbée et la sagesse résolue.

Entre la passion secrète et l’indifférence affichée.

Entre la fuite vers l’avant, et la consciencieuse responsabilité.

Je suis… indéfinie.

Texte : DalilaHannouche

Artiste peintre : Andrew Grant Kurtis