Respire

Respire, avec toute la force de tes poumons

Respire, même si tu as les doigts tétanisés

Même si derrière ton dos, on se moque que tu t’accroches à la vie

Respire, même si tu manques d’oxygène,

Et que les yeux exorbités, et la morve qui coule du nez

Fait de toi un pantin aux yeux de ceux qui ont fait monter ta colère

Aux yeux de ceux qui n’ont plus d’humanité

Qui te rapproche de celle que tu as aimé si fort

De celle qui t’a aimé plus que sa vie

De celle qui voulait que tu vives

Respire, non pas parce que tu n’as pas le choix

Mais parce que tu le désires

Parce que même si la fin est proche,

Il faut avoir beaucoup souffert, pour écrire.

 

Je crois que si j’avais été heureuse, depuis ma prime enfance, je n’aurais jamais écrit. C’est toujours le malheur, la tristesse, l’injustice, et la solitude qui m’ont inspiré. Lorsque l’on est seuls, incompris dans son propre pays, ou même dans son entourage, on observe les autres, on lit des livres qui sont comme des portails ouverts sur le monde extérieur. On essaie de comprendre pourquoi les autres sont ce qu’ils sont, et pourquoi l’on est ainsi faits.

Comme je ne sortais que rarement de chez moi, je regardais les autres depuis mon balcon. J’essayais de décortiquer les différentes expressions des gens qui passaient, qui riaient, qui conversaient. Durant les repas partagés avec ma grand-mère (Que la miséricode de Dieu soit sur elle), elle me racontait des histoires vraies, et j’en apprenais encore davantage sur la vie des autres. C’était comme écouter des livres Audio.

Ma vie elle-même était une sorte de tragédie. Je suis contente qu’elle l’eût été, et qu’elle le reste. Autrement, je n’aurais pas été écrivain. Je n’aurais pas manier des pinceaux, ni joué sur les touches blanches et noirs d’un piano. Je n’aurais pas eu une telle empathie, une telle sensibilité similaire à Flaubert qui disait : « Ce qui erafle les autres, me déchire. » J’aurais été une toute autre personne, autrement. Peut-être aurais-je trouvé une autre façon d’être heureuse que dans la tragédie elle-même.

A deux heures du matin

Un poème que j’ai écrit il y a quelques années. Une nuit, vers deux heures du matin, penchée à mon balcon, j’ai vu passer une femme. C’est elle qui m’a inspiré ces vers.

– Une femme –

Quand la nuit recouvre son voile dans l’onde
La rue, terrifiante, dévoile ses bourreaux,
Spectres fous, ils sondent les proies défaillantes
Les corps qui se traînent, affaiblis et mous.

Derrière ma fenêtre, j’aperçus une de ces victimes
Une jeune fille, une guenille, O chaste petit cœur
Qui courbée sous le lourd fardeau du malheur
Errait sans pensées, le front sombre et penché.

Femme parmi tant d’autres dont la lumière luisante
Semble engloutie sous la morale qui gronde,
Qui se couvre d’un voile sombre et épais,
Pour éviter les regards curieux de sa nudité.

Mais qu’importe les épreuves, lève la tête
Prends exemple sur Wassyla Tamzali , et Djamila Bouhired
Epouse les idées fécondes de Assia Djebbar
Et Chantes comme Taos Amrouche, l’oubliée de l’histoire !

O femmes, mères, et enfants, soyez maîtresses de vos destinées
Et que ces vers soient pour votre cœur chancelant un appui assuré.

Texte de : #dalilahannouche
Illustration : « Travelogue Painting » de Anissha Deshpande 

La douleur d’une vie

Comment le lui dire ? Lui faire comprendre ?
Que lui donner la vie, c’est l’offrir à l’attente de la mort.
« Ton père n’est plus là », lui dirais-je, la gorge nouée,
Tes oncles… disparus; sous la terre, les gravats, les décombres ?
Je ne sais plus…

Il était tard, la faim tenait mes paupières ouvertes.
Je marchais, lasse, entre les tentes effondrées
Quand soudain, le ciel a hurlé.
Un fracas, des flammes, des cris qui transpercent.
Des corps en feu… qui dormaient en croyant être saufs.

Ton père, tout près, m’a aidée à me relever.
Nous avons fui. Les larmes brûlaient notre peau
Depuis tant de jours. Tant de familles effacées,
Disséminées… Alors, nous avons remis nos cœurs à Dieu,
Pour qu’il juge les Damnés.

Quelques temps plus tard, une aide, un sac de farine.
Ton père, déjà joyeux à l’idée de ta venue,
S’était précipité. Mais l’occupant,
Le monstre, lui a logé une balle sans pardon. »

Mais je ne peux rien dire, pas encore.
Tu n’es qu’un enfant.
Alors je te berce d’un amour qui panse les silences.

Mon Dieu… que disais-je ?
Ah oui… Que je t’aime tendrement.
Que je rêve de te voir grandir sur la terre de tes aïeux :
À Gaza, en Palestine.
Terre martyre, dressée depuis des décennies
Face à la violence coloniale.

Mais voilà qu’une ombre s’approche.
Je ne distingue que son pas.
S’il me donnait du pain, juste un peu,
Je pourrais te donner la vie.

Mais peut-être mourrons-nous ensemble.

L’ombre avance… monstre ou humain ?
Mitraillette en main, sourire au coin,
Il m’entraîne dans un recoin sans témoin.
Les journalistes sont morts, personne n’entendra
Ni mes cris, ni mes suppliques.
L’ombre s’élève. Un dernier geste.
Et le silence s’abat.

Le monstre s’en ira, libre,
Encouragé dans ses crimes.
Et nul ne saura jamais…
Ni ton nom.
Ni le mien.

Pourquoi écrire ?

Je me suis toujours considérée comme une écrivaine. J’écris pour transmettre des émotions, pour parler de choses que l’on n’ose pas toujours se raconter, pour donner des leçons de réflexion, pour élargir les horizons des esprits rigides. J’écris aussi parce que cela me fait du bien.

Quelques personnes m’ont partagé leur point de vue sur le métier d’écrivain :

« Pourquoi écrire ? Plus personne ne lit. »

« Les livres, c’est ennuyant. »

« Les romans ? On n’apprend rien avec. »

Nous sommes tous différents, et il est bon d’entendre l’autre sans juger, sans critiquer. J’aime les points de vue qui divergent des miens, car cela me pousse à l’introspection, au questionnement, mais aussi à la recherche d’améliorations et de solutions.

À mon humble avis, je pense que si l’on a un don, il faut l’utiliser à bon escient. Écrire pour les plus opprimés, pour les victimes sans nom, pour les innocents en prison, contre l’injustice sous toutes ses formes, contre la discrimination et… pour la peur qui habite le cœur des gens : la peur des autres, la peur de ce qui nous est différent, la peur de demain.

Les mots que j’utilise sont toujours le reflet de mon cœur. Je suis peut-être plus honnête en écrivant qu’en parlant. Devant un visage, je veux être aimée. Devant une page, je cherche à me connecter avec l’autre.

Même si vous n’êtes pas écrivain, tentez d’écrire ce que vous ressentez aujourd’hui sur un papier ou un document Word. Vous ressentirez toute la beauté d’un cœur qui se livre sans artifice, sans faux-semblants. Vous pouvez aussi lire une citation ou un passage dans lequel vous vous reconnaîtrez.

En ce moment, je lis le Coran 😊

Prenez bien soin de vous et faites du bien aux autres, même si ce n’est qu’un sourire.

Pourquoi quitter un pays de soleil ?

Pourquoi quitter un pays de soleil ? Le pays d’un million de combattants qui se sont sacrifiés pour notre liberté. Pourquoi partir d’un pays si beau, si vaste, aux paysages sublimes, aux montagnes enneigées, aux collines verdoyantes, à l’histoire millénaire ?

Que la cuisine algérienne me manque… La Karantika d’Oran, le front de mer, ce ciel immense.

J’avais mes raisons. Si je suis partie, si j’ai mis toutes mes économies dans un projet incertain, ce n’était pas par hasard. Je voulais partir, fuir. Mais où ? Peu importe. Juste loin. Très loin de mon pays de soleil.

A la recherche d’une nouvelle maison… Oui, parce qu’au fond, je n’en avais plus. Parce qu’au-delà d’une société où je ne me sentais plus à l’aise, plus libre, c’était ma maison elle-même qui m’échappait.

On pourrait me voir comme une bouteille à la mer, ballottée par les vagues, portant un message d’espoir… ou de désespoir. Elle s’échoue ici et là. Parfois, une main la ramasse, s’apprête à lire son message… puis la rejette aux monstres marins.

La bouteille est toujours à la quête d’une terre d’asile. Mais où qu’elle aille, elle n’a pas de maison. Elle parcourt des kilomètres sous le soleil ardent, se faufile entre les courants; rien n’y fait, aucune rive ne l’attends. Elle est rejettée, mal-aimée, jugée, incomprise.

Pauvre bouteille… Serait-ce une malédiction?

Texte : Dalila Hannouche

Promenade nocturne

Je marchais dans le milieu de la nuit. Des arbres déracinés tendaient leurs branches avec grâce et finesse. Je devais traverser une route longue. Une route sombre et déserte.

Après un long moment (Je ne sais plus combien de temps, j’avais oublié de compter), je levais ma tête au ciel pour me reposer sur un espoir. Quand je vis une étoile qui jaillissait entre des nuages gris. Je m’arrêtai soudain, imaginant que je la rejoignais. Je ne sentais plus le froid, ni même la douleur à mes pieds. J’avais en moi une si grande foi qu’il n’y avait aucun doute en mon coeur.

Alors, je repris ma marche, avec un peu plus de gaieté. L’étreinte que me réservera le soleil pansera peut-être mes plaies.

Palestine qui se meurt

J’ai l’impression que ma bouche devient plus petite

Comme si je n’avais plus rien à dire

Je manque d’arguments pour défendre les miens

Palestine, on te tue, on te brise, on lance sur toi des chiens

J’ignorais qu’il fallait se battre contre l’évidence

Que le plus grand ennemi du monde était l’ignorance

Que la victoire et le pouvoir n’appartenaient qu’aux monstres

Que la sauvagerie et les pleurs s’estompaient dans l’indifférence

Quand je vois la Palestine mourir de faim,

Un enfant assasiné devant sa mère plein de chagrin

Des corps entassés, aux oragnes volés

Et que le monde dit : « C’est eux … qui ont commencé! »

Alors ma bouche se rapetisse, s’offusque, s’indigne

L’Histoire pourtant, se rapelle bien de la légendaire Palestine

On parle de justice divine, mais où est la justice humaine?

Si elle ne doit d’abord commencer à l’intérieur de nous-même…

Ne plus pouvoir écrire

Suite à la perte de ma grand-mère, qui était la personne que j’aimais le plus au monde, celle avec qui chaque jour comptait, celle pour qui je me battais, celle qui ne m’a jamais quitté depuis le berceau; suite à son déces, à son départ auquel j’ai été témoin, je n’arrive plus à écrire de romans. Je n’arrive plus à lire. Je ne joue plus de piano. Je souris sans savoir comment. Je marche sans savoir où. Je mange sans avoir de goût.

J’ignore encore comment j’écris ces lignes.

En vérité, je n’écris que lorsqu’il s’agit d’elle. J’écris seulement pour conter et partager la peine qui me dévore.

Elle n’est plus là, physiquement, depuis le 17 mars 2021. Et pourtant, elle est là, d’une autre manière.

Le plus douloureux, c’est de savoir que quelqu’un est mort, mais de le sentir encore vivant près de nous, sans pouvoir le toucher, sans pouvoir le voir.

Ma grand-mère, ma mère, le seul être qui m’eut réellement aimé, accepté, adoré, chôyé, écouté, n’existe plus physiquement. Elle n’est pas là. Je ne dirai plus Maman. Je ne composerai plus son numéro. Je ne préparerai plus son café au lait le matin. Je ne brosserai plus ses cheveux blancs. Je ne baiserai plus sa main. Je ne laverai plus ses pieds auxquels je faisais des massages pour qu’elle puisse continuer de marcher.

C’est une blessure dont on ne guérit jamais. Jamais. Jamais. C’est une brûlure qui marque à vie. Mon enfance est partie avec elle. Mes rires, mes rêves. Et enfin, ma volonté d’écrire des romans.

Près du Masjid El Rahman…

L’oiseau posé sur une branche d’arbre
Chantait ses louanges près du Masjid El Rahman
L’oiseau regardait la fontaine qui faisait couler son eau claire
Devant une jeune fille voilée et en grande peine.

L’oiseau chantait ses louanges près du Masjid El Rahman
La jeune fille pensait à la mort et à ses arcanes
L’oiseau continuait son chant, glorifiant la beauté des cieux
La jeune fille, elle, n’avait dans son cœur qu’orages pluvieux.

Sa grand-mère, qui était un ange, reposait là
Près du Masjid El Rahman où chantait l’oiseau las
De regarder la jeune fille pleurer et le soleil lui bruler les joues
Sa grand-mère qui était son pillier dans une vie de fous

Par hommage à cet amour, elle avait planté un oeillet
Qu’un passant, la veille, avait jalousement arraché,
La pauvre grand-mère s’était retournée dans sa tombe
Pensant que sa fille, en voyant ça, allait pleurer encore.

L’oiseau recommença à chanter près du Masjid El Rahman,
Le soleil se couchait et le ciel se poudrait d’or
La vieille grand-mère dans sa tombe, assistait dans son impuissance
Au chagrin de sa fille qui pleurait encore.


Poème de Dalila Hannouche – L’ œillet –